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Les sols et leur biodiversité


En observant le sol, on voit évoluer une partie de la faune qui l’habite. Mais la part majeure des organismes et des mécanismes qui le font vivre demeure à l’abri du regard et ne se révèle qu’à des échelles dimensionnelles ou temporelles qui échappent à notre perception. Les sols, dont nous dépendons bien plus qu’on ne l’imagine au premier abord, sont méconnus, tant dans leur constitution physique que par les interactions de tous ordres qui s’y déroulent...

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Avant-propos :

En 2016, je partageais un poste d'observation ornithologique avec une amie qui, au terme d'une longue attente infructueuse, me dit: « Salut Philippe, je quitte les lieux. Inutile d'insister, nous ne verrons rien aujourd'hui, autant aller photographier des collemboles... » J'acquiesçais d'un air convenu, bien qu'ignorant ce qu'étaient les collemboles en question, apparemment difficiles à photographier. Quelques recherches me permettent de découvrir ces arthropodes. Surpris d'apprendre qu'ils comptent parmi les plus répandus sur Terre, je me lance à leur recherche.

Mes premières sorties sont terriblement décevantes: pas le moindre collembole en vue. Il me faudra déployer une bonne dose de persévérance pour enfin parvenir à les localiser alors qu'ils m’apparaissent infiniment plus petits que je ne les avais imaginés. Dorénavant, je saurai ce que je dois chercher.

 

Lorsque j'évoque le sujet autour de moi, je constate que les collemboles sont méconnus du grand public. Le manque d'ouvrages de vulgarisation (je n’ai trouvé à ce propos qu’un guide1, un dossier publié en 20102 dans une revue entomologique et un album illustré3) peut justifier ce fait. Par ailleurs, les publications scientifiques sont difficilement accessibles au grand public, tant par leurs contenus que par leurs canaux de diffusion. Sur internet, je trouve quelques pages « perso » qui, sans être dénuées d'intérêt, me laissent sur ma faim. Heureusement, je découvre le site collembola.org, ainsi que l'ouvrage4 de Stephen P. Hopkin qui deviennent mes références.

Ma rencontre avec ces minuscules animaux, le désir de les observer et de les photographier m'ont conduit à acquérir du matériel, sans lequel il aurait été difficile d'accéder à un monde si fascinant. De même que mon incursion dans le domaine de l'astronomie m’avait conduit à mettre en ligne un site d'astronomie, ma découverte du fascinant univers des «artisans de la terre» allait, elle aussi, me donner matière à restitution sous la forme de ce site. J’espère seulement qu'il ne semblera pas trop superficiel au visiteur averti ou rébarbatif à celui qui, comme moi, ignorait, il y a peu encore, l'existence de ces lilliputiens.


Sur le plan de la documentation, hormis mes propres observations, je me heurte souvent à des difficultés d’accès aux publications scientifiques que certains organismes préemptent afin de garder la main sur leur diffusion, ce qui me semble préjudiciable à un large partage des savoirs. J’ai relevé, dans un article5, un passage qui évoque cette problématique :

« L’univers de la recherche est caractérisé par un droit d’entrée élevé, qui semble exclure les personnes qui ne sont pas détentrices d’un doctorat ou, du moins d’une formation académique de haut niveau. Cette situation, qui se traduit par un monopole des chercheurs dans la production des savoirs scientifiques, a conduit plusieurs acteurs dans et en dehors de l’institution universitaire à lancer des appels à la démocratisation de la production des connaissances ».

Pour conclure sur une réflexion ouverte, je reprends un court passage tiré d’un ouvrage6 dont la lecture m'a interpellé :

« Les mécanismes dominants de la gestion de la science encouragent la production de toujours plus de publications qui représentent des unités d’information de plus en plus réduites. L’explosion de la connaissance scientifique en une myriade de petites contributions a entrainé une fragmentation croissante de la science, en excluant peut-être des perspectives qui pourraient aider à faire face aux défis de l’anthropocène… Mues par les processus de la mondialisation économique, les politiques scientifiques nationales sont de plus en plus axées sur la compétitivité internationale, ce qui limite potentiellement l’étendue de la recherche motivée par la curiosité, et on court alors le risque de passer à côté de possibilités qui sortent des sentiers battus. De nos jours, aucune grande société ne peut apparemment s’offrir le luxe de ne pas entretenir et réglementer ses systèmes scientifiques et d’éducation autrement qu’en fonction de modèles mondialisés. Compte-tenu du caractère imprévisible et inévitablement aléatoire de l’innovation, ce serait faire preuve de myopie que de vouloir contraindre la science à ne se préoccuper que des défis à notre portée… »

Les arthropodes et a fortiori les collemboles ne sont donc pas des sujets « phares » du monde de la recherche, comparés aux défis scientifiques dont il est question dans l'ouvrage de Jürgen Renn. Cependant je me réjouis de voir encore des biologistes se consacrer à l’amélioration des connaissances sur ces animaux. En matière de recherche, la nécessité et la curiosité ne doivent pas s’effacer l’une au profit de l’autre, mais bien avancer simultanément. En effet, nul ne saurait prédire les éventuelles passerelles qui peuvent s'ouvrir à la lumière des publications de chacun des deux « camps ».

Depuis 2021, j'ai réduit le temps que je consacre à rechercher de nouvelles espèces et à les photographier. Je reste cependant attentif à l'actualité scientifique qui les concerne et m'efforce d'enrichir ce site à partir de publicationsaccessibles, en employant un langage aussi clair que possible.

 

Anecdote : En juillet 2022, alors que je lisais Une mémoire de Mammouth, d'Yves Coppens, mondialement connu pour être, avec son équipe, le découvreur de notre ancêtre «Lucy». Quelle ne fut pas ma surprise d'y trouver mon nom, mentionné au paragraphe «une goutte de science"» (chap 33) l'auteur, aujourd'hui disparu, en référence à mes photographies de collemboles citait un de mes propos tout en me qualifiant de «leur photographe».

Flatté qu'un membre de l'Académie des sciences, professeur au Collège de France, ait remarqué et reconnaisse mon travail sur les collemboles, je ne pouvais qu'être conforté dans la poursuite de mon aventure auprès de ces petits animaux.

Remarque : À propos de la taille des collemboles, je reproduis ici un histogramme extrait de la base de données BETSI. Cette illustration (établie par J. Bonfanti - 2018) montre la distribution de la longueur moyenne des collemboles (par classes de 0.2mm). Elle se base sur l'étude de 1.292 espèces de collemboles d'Europe. La barre noire verticale, en pointillés, y indique la valeur moyenne du jeu de données analysées soit 1,44 mm. Ces chiffres résultant d'une étude spécifique donnent une répartition indicative.

Voici donc posée l'échelle dimentionnelle à laquelle je vais être confronté pour effectuer mes prises de vue et les observations qui me serviront à illustrer ce site. 

Précision étymologique : Le terme français collembole est issu du grec ancien «κόλλα», kólla (colle) et «ἐμβάλλω», embállô (jeter dans). Si le caractère sauteur du collembole est bien signifié par le terme grec embállô, la présence du terme kólla (colle) est moins évidente. On peut présumer qu’il vient du fait que les observations montrent la capacité du collembole à demeurer accroché à des parois lisses verticales ou même renversées. Mais, lorsqu’on sait que les extrémités de ses pattes sont pourvues de griffes, le fait qu’il puisse se maintenir ainsi fixé reste énigmatique. On trouve alors une explication dans la morphologie du collembole, avec la présence d'un tube ventral nommé collophore - ko’lla (colle) fe’rein (porter) - cet organe est capable de maintenir le collembole sur des surfaces lisses, grâce à des structures permettant chez certaines espèces l'adhérence à des surfaces lisses (voir ici). Ainsi, avons-nous une explication plausible de ce qui a conduit à les baptiser ainsi.  

Le terme anglais springtail, plus récent, est construit à partir des mots «spring» (sauter), à ne pas confondre avec son homonyme signifiant le printemps, et «tail» (queue). Dans la version anglaise de ce site, j’utilise le terme springtail, plus usuel que Collembola, forme latine en usage chez les biologistes. Le terme collembolan sert aussi, en anglais, d'adjectif scientifique.

 

Contactez-moi pour tout commentaire ou information permettant d'enrichir ce site. 

 

 

Photo: Corinne Rolland - Photographe - Visiter sa galerie.

Sources :

1  Ces animaux minuscules - Y.Coineau/R.Cléva/G.du Chatenet -Delachaux et Niestlé - 1997.
2  Planète collemboles, la vie secrète des sols - Biotope édition -17/11/2015- Jérôme Cortet / Philippe Lebeaux
3  Le petit collembole illustré - Arvensis (2010) – Jean-Marc Thibaud / Cyrille A. D’Haese- (téléchargement n° 51-52)
4 Biology of the Spingtails - Oxford University Press (1997) – Stephen P. Hopkin
5 Godrie Baptiste, « Rapports égalitaires dans la production des savoirs scientifiques. L’exemple des recherches participatives en santé mentale », Vie sociale, 2017/4 (n° 20), p. 99-116. DOI : 10.3917/vsoc.174.0099. URL : https://www.cairn.info/revue-vie-sociale-2017-4-page-99.htm
6 Jûrgen Renn: Vers une science générale de la transformation culturelle (The Evolution of Knowledge: Rethinking Science for the Anthropocene)