Traversant les ères géologiques, certaines espèces de collemboles actuelles sont similaires à des fossiles datant de l'Oligocène (-30 Ma) tendant à montrer que ces derniers sont plutôt "aboutis". Relativement à l'apparition de l'homo erectus (-1,8 Ma) ou à celle de notre propre espèce, l'homo sapiens (-100 000 ans) et compte-tenu de nos modes de vie, nous n'avons que d'infimes perspectives de survie à long terme. C'est pourquoi, l'observation d'un collembole, certes nous transporte dans le passé, mais probablement nous projette aussi vers un lointain futur d'où l'homme aura disparu. L'humilité s'impose donc car, fatalement et quoiqu'on s'en défende, s'il est d'insignifiantes créatures en regard de ces échelles temporelles, ce sont bien davantage les hommes que les collemboles.
Si nous conservons à l'avenir les schémas consuméristes actuels et que notre évolution démographique ne ralentit pas, notre survie sur Terre est limitée par les ressources qu'elle nécessite. Dès lors, une équation élémentaire conditionne le devenir de notre espèce : [R – (Q x N)] = S (R=ressources disponibles sur Terre, Q=quantité consommée, N=population, S=espérance de survie).
Ce qui illustre le mouvement inexorable dans lequel l'homme s'est engagé alors que les collemboles, parmi d'autres espèces animales, fonctionnent sur un processus durable en ce qu'à l'inverse de nous, ils participent à la régénération de la biomasse au sein de laquelle ils évoluent. Nous qui prétendons dominer le règne animal et puisons pourtant au-delà de nos besoins vitaux dans les ressources de la Terre, serions mieux inspirés de faire preuve d'un peu plus de considération pour cette "insignifiante vermine" qui, depuis des centaines de millions d'années, contribue à rendre notre planète viable en ne polluant pas ses propres biotopes alors que depuis deux siècles à peine l'homme semble s’être évertué à saccager méthodiquement la Terre. Aujourd'hui seulement 23% des terres émergées de la planète peuvent encore être qualifiés de sauvages.
Selon bon nombre de chercheurs, il est en effet fort plausible que sans nous en rendre compte, nous soyons déjà engagés dans une sixième extinction massive, causée par les transformations de l'environnement écologiques dues à l'action de l'homme. Elisabeth Kolbert (The Sixth Extinction - prix Pulitzer de l'essai en 2015) prévoit qu'aux alentours de 2050, 25% des mammifères, 16% des oiseaux, 20% des reptiles, 33% des requins et des raies, auront déjà disparu. Effectivement, la déforestation poursuivie par l'homme anéantie à elle seule au moins une espèce animale pour chaque heure qui s'écoule. Mais où allons-nous à ce régime ?
Selon certains chercheurs, la cause, de cette extinction bien que non établie formellement pourrait également être d'origine extraterrestre. Elle se serait manifestée sous la forme d'un impact météoritique qui aurait fracturé la croute terrestre et provoqué de gigantesques éjections de panaches magmatiques. Mais à ce jour aucune trace crédible de ce type d'impact n'a été mise en évidence par les géologues.
Fort heureusement, contemporains de ces extinctions de masse, comme celle du Crétacé (-66 Ma) qui mit un terme à la suprématie des grands dinosaures, il semble que les organismes de petite taille, comme les collemboles, ont davantage été préservés. 

Au-delà de ces chiffres alarmants, en tant qu'apiculteur amateur j'ai mesuré par le vécu à quel point les populations d'abeilles sont décimées (ci-contre, hécatombe d’abeille dans une de mes ruches) en raison de l'utilisation sur les cultures avoisinantes de produits phytosanitaires. Ce simple constat est corroboré par une étude menée entre 1989 et 2017 sur l'évolution de la population des insectes volants dans les campagnes allemandes, qui montre que plus de 75 % d'entre eux ont disparu.

Philippe Morel de la société entomologique de France souligne qu'avant cette étude personne n'aurait imaginé l'ampleur du phénomène, sans compter qu'on doit aussi intégrer qu'il est bien plus aisé de le percevoir à travers des papillons ou des abeilles, faciles à identifier, qu'avec de petits organismes de la taille des acariens, collemboles ou autres arthropodes de la litière, vivant au seuil de la forêt et victimes eux aussi des mêmes séries de dégradations engendrées par l'homme.