Dans l’article « Eléments de taxonomie » on note, au sein du règne animal, un embranchement nommé Arthropodes (du grec arthron (articulations) et podos « pieds »). Ces invertébrés possèdent eux-mêmes quatre sous-embranchements au sein desquels sont classés les Crustacés, les Arachnides, les Hexapodes (hexa "six", podos "pied") et les Myriapodes. Il semble donc naturel d’effectuer un passage en revue sommaire de ces voisins évoluant dans les mêmes biotopes et dont je ne mentionnerai ici que quelques représentants parmi les plus connus.

Crustacés :

L’ordre des Isopodes est un sous-embranchement des Crustacés (50 000 espèces) qui, à priori, nous fait penser crevette ou langouste… Mais il est ici question de crustacés terrestres, pour faire simple, des cloportes qui comptent quelque 3000 espèces connues. Inoffensifs pour les collemboles, ils sont comme ces derniers détritiphages. Leur alimentation est issue de matière végétale en décomposition. Dotés de sept paires de pattes, ils peuvent fuir en cas de danger ou se mettre en boule pour se protéger sous leur exosquelette constitué de segments articulés et rigides. Ils vivent jusqu'à quatre ans et effectuent des mues régulières (mensuelles). Lucifuges, ils recherchent des endroits sombres et humides où ils évoluent souvent en colonies. Ils sont utilisés comme bio-indicateurs dans des études sur la qualité des sols. Voir les images : Crustacés.

Arachnides :

Dans cette classe, on trouve les redoutables prédateurs de collemboles que sont les araignées (47000 espèces connues dans le Monde, dont environ 1700 recensées en France), les pseudo-scorpions et les acariens, tous dotés de quatre paires de pattes et de chélicères.

Araignées :

Leurs chélicères (du grec khêlê (pince) et kêras (corne)) sont de puissantes pinces capables de pénétrer l’exosquelette de leurs proies. Dotés de crochets acérés ils peuvent inoculer leur venin par l’intermédiaire de deux canaux aboutissant à leurs extrémités. En règle générale, les prédatrices de collemboles ne sont pas les araignées qui tissent une toile mais celles qui parcourent le sol en quête de proies, comme par exemple les Lycosidae, Linyphidae ou Salticidae (ci-dessous à droite : une Heliophanus cupreus vient de capturer un Orchesella villosa). Voir les images (classées selon les familles) : Araignées

Pseudo-scorpions :

Ils comptent près de 3800 espèces connues dans le monde, pour environ 120 identifiées en France. Ils ressemblent aux scorpions bien que leur taille soit beaucoup plus réduite (de 2 à 4 mm en moyenne). Il arrive qu’on en retrouve agrippés à d’autres insectes qu’ils utilisent comme moyen de déplacement. Ils chassent en déambulant dans la litière ou sous les écorces de vieux troncs, mettant en avant les pinces qu’ils portent aux extrémités de leurs pédipalpes. Ils n’ont pas de queue terminée par un dard venimeux, en revanche leurs pinces portent des glandes à venin qu’ils utilisent pour paralyser ou tuer leurs proies. Certains pseudo-scorpions sont également dotés de glandes produisant une soie dont ils peuvent se servir pour immobiliser leurs prises. Voir les images : Pseudoscorpions.

Acariens :

Leur corps n’est pas divisé en sections distincte comme les araignées ou les pseudoscorpions. Ceux qui évoluent dans la litière sont de très petite taille (0.2 à 1 mm en moyenne). Ils se déplacent fréquemment en se fixant sur d’autres animaux qu’ils peuvent aussi parasiter. Ce sont les Arachnides les plus répandus dans le sol mais, malgré près de 50 000 espèces répertoriées, on les distingue assez peu en raison de leur taille et de leur habitat. Comme les collemboles ils sont capables de survivre dans des milieux soumis à des conditions extrêmes. Une partie d’entre eux se nourrit de matières mortes ou d’excréments alors que d’autres, comme par exemple les Gamases ou les Actinedidae sont carnivores et chassent la microfaune. Voir les images : Acariens.

Opiliones :

Ils se distinguent des araignées par leurs huit pattes généralement plus longues et filiformes, un thorax non dissocié de l’abdomen, une seule paire d’yeux et l’absence de glandes capable de sécréter de la soie. On compte 130 espèces connues en France pour environ 6500 répertoriées à travers le monde. Bien que possédant des chélicères, ils n’ont pas de venin. Plutôt omnivores, ils peuvent aussi chasser des insectes de petite taille, d’autres arachnides ou des collemboles. Voir les images: Opiliones 1- Opiliones 2- Opiliones 3.

Myriapodes :

Issus de l’association de deux mots grecs, murios (dix mille) et podos (pied), ils sont communément nommés mille-pattes. Leur corps est formé par une tête prolongée d’un grand nombre d’anneaux (pouvant avoisiner 200) qui portent chacun une ou deux paires de pattes. La succession de ces anneaux d’aspects similaires ne permet de distinguer ni thorax, ni abdomen. Au sein du sous-embranchement des Myriapodes qui compte à ce jour plus de 5000 espèces connues, la classe des Chilopodes portant une paire de pattes par segment est représentée, entre autres, par les scolopendres (ci-dessous à gauche), carnassiers disposant de glandes venimeuses et dont le corps aplati possède "seulement" 21 paires de pattes. Dans cette même classe on trouve également les Géophilomorphes (ci-dessous, au milieu) plus allongés et eux aussi prédateurs capables de produire des composés toxiques. Une autre classe est constituée par les Diplopodes (ci-dessous à droite) qui disposent d’un grand nombre de segments portant quant à eux deux paires de pattes et dont le corps est cylindrique. Ces derniers à la différence des précédents sont végétariens et donc inoffensifs pour les collemboles. On les voit souvent se rouler en boule en cas de danger. Voir les images: Myriapodes.

Diploures :

Représentés par les Japygidae (ci-dessous à gauche)1 et les Campodea (à droite), ils forment une classe de petits animaux qui vivent dans les sols humides. Comme les collemboles ils se nourrissent de déchets végétaux, mais leur régime alimentaire est encore assez méconnu et les scientifiques admettent une probabilité de prédation envers d’autres invertébrés. En cas de danger, ils prennent la fuite. Lumifuges, ils passent leur vie sous terre, ce qui explique leur dépigmentation. Ils possèdent deux antennes, n’ont pas d’yeux et sont entognathes. Leur thorax supportant trois paires de pattes est bien dissocié de l’abdomen et se termine par deux cerques qui peuvent avoir des fonctions sensorielles ou être utilisés comme moyen de défense. Voir les images : Diploures.

Insectes :

Hyménoptères :

Au sein de cet ordre on trouve les abeilles, les guêpes et les fourmis. Pour certaines espèces de fourmis les collemboles sont des proies, alors qu'on peut noter un exemple assez surprenant de cohabitation en parfaite harmonie entre les collemboles Entomobryomorphes de l’espèce Cyphoderus albinus qu’on ne trouve que dans la proximité ou au sein même des fourmilières. Ces derniers jouent le rôle d’agents de nettoyage et portent sur eux les phéromones des communautés de fourmis où ils évoluent. De ce fait, ces dernières les considèrent comme des leurs. Voir les images : Hyménoptères.

Coléoptères :

La litière renferme un grand nombre de coléoptères à l'état larvaire ou adulte dont il serait trop laborieux de lister les familles. Bien que beaucoup d'entre eux soient des carnassiers comme par exemple (ci-dessous de gauche à droite) la larve du Pyrochroa (cardinal), L'Ampedus preatus, le Tachyporus (staphilin)ou des Carabidae comme le Carabeus violaceus, ils côtoient les collemboles sans leur causer trop de dommages car ces derniers ne font pas partie de leurs cibles alimentaires privilégiées. Voir les images : Coléoptères.

Diptères :

On ne les voit généralement évoluer dans la litière qu'à l'état larvaire. Les larves ne présentent pas de danger pour les collemboles avec lesquelles elles cohabitent généralement sous terre ou dans les zones les plus humides. Elles se nourrissent de végétaux et ne présentent un danger que pour certaines plantes dont elles mangent les poils radiculaires, ce qui a pour conséquence de les empêcher de se nourrir correctement et conduit à leur dépérissement. Voir les images : Diptères.

Archeognathes et Zygentomes :

Ils forment deux ordres distincts qui ont remplacé celui des Thysanoures. Plusieurs familles les représentent dont je ne citerai que les Machilidae (machilis) et les Lepismatidae (lépismes) qui évoluent à proximité de la litière, bien qu’on en trouve également dans les habitations où ils peuvent se montrer invasifs. Caractérisé par leurs pièces buccales extérieures, leur corps est recouvert d’écailles. Les machilis (ci-dessous à gauche) sautent en contractant l’ensemble thorax-abdomen. Les lépismes (ci-dessous à droite) ne sautent pas mais se déplacent très vite. Tous deux se nourrissent de débris végétaux ou de cadavres d’animaux et privilégient les endroits chauds et humides. Ils ne présentent aucun danger pour les collemboles.

Gastéropodes :

Ces derniers sont le plus grand groupe après les insectes, avec quelques 40 000 espèces vivantes répertoriées. L'essentiel de la population évolue dans les océans, seule une très faible part d'entre eux évolue sur Terre. Ils affectionnent les lieux les plus humides, bien que la majeure partie des espèces terrestres peuvent se mettre à l'abri de la déshydratation en sécrétant un opercule de protection. Excepté de très rares espèces pouvant être carnivores, leur nourriture est essentiellement d'origine végétale. Leur cohabitation avec les collemboles ne pose aucun problème. Ci-dessous de gauche à droite : Oxychilus, Helicodonta obvoluta, Macrogasta ventricosa. Voir les images : Gastéropodes.

Après ce tour d'horizon succinct, il serait illusoire de vouloir passer en revue toutes les familles d'invertébrés qui évoluent dans la proximité des collemboles. Outre celles que je viens d'évoquer, il faudrait en effet compter avec les protozoaires, rotifères, nématodes, vers de terre déjà évoqués dans l'article sur la décomposition organique.

 

1 Photo de Japygidae: © Simon Oliver, (source flickr)

   Autres Illustrations : ©Philippe Garcelon.