Avant l’apparition de la génétique qui progressivement contribue à l'identification des espèces, la classification des organismes vivants se faisait par rapprochement de leurs caractères communs. Ces similitudes permettaient de les classer dans un ordre reflétant la position qu’ils occupent au sein de l’arborescence de l’évolution. Le regroupement des caractères communs se fait autour d’une entité nommé taxon. Par exemple, l’espèce est le dernier taxon au sein de la classification systématique, mais si on considère non plus l’espèce mais la famille, toutes les espèces de cette famille sont à leur tour taxons de cette famille.
La classification des collemboles passe donc par une identification de ces caractères communs dont la dissociation peut nécessiter des études très détaillées. Par exemple, on peut étudier la taille ou la position des poils et sensilles, la disposition des ocelles au sein de la plaque oculaire, l'implantation de l'organe post-antennaire, les diverses pigmentations, la segmentation des antennes ou encore d'autres organes ou appendices externes. Dans bien des cas, une étude sous binoculaire ou microscope s'avère nécessaire. Tous ces éléments d'identification se nomment "clefs" (exemples ci-dessous)

Sans équipement approprié certains éléments ne sont donc pas accessibles. En revanche, des clefs visibles sur des photographies permettent souvent de définir l'appartenance à une espèce ou à une famille. Dans l'exemple ci-dessous, une observation très sommaire de trois collemboles (Poduromorphes) peut conduire à une identification erronée alors que si on regarde plus attentivement des caractères spécifiques se distinguent.

Poduromorphes :

Les trois spécimens observés 1, 2 ,3:

Sur des images plus détaillées (relatives aux 3 spécimens ci-dessus), on constate en effet côté tête : Sur (1), présence de deux ocelles, sur (2) et (3) absence d’ocelle visible. Sur (1) et (2), pas de tubercules apparents et sur (3), tubercules disposés selon un ordre spécifique :1+2+3+6.

Partie postérieure : Sur (1), terminaison avec 1 lobe et sur (2) et (3), deux lobes.

Ces simples différences observables à partir de photographies permettent d’identifier (1) et (3) comme respectivement Monobella grassei ("mono" en référence à la terminaison en un seul lobe) et Vitronura gisellae. Le collembole (2) pouvant quant à lui être classé comme Neanurinea (corps se finissant par un double lobe)

Chez les poduromorphes (ci-dessus), des plaques oculaires sombres et distinctes ainsi qu'un cône buccal large et arrondi caractérisent Ceratophysella (à gauche), alors que des plaques oculaires indistinctes et un cône buccal fin et allongé se distinguent chez Neanura (droite)

Si on observe l'image du Neanura, il n'est pas évident à première vue de le distinguer de Deutonura (ci-dessus à gauche). Il faut alors se référer aux segments abdominaux. Chez Neanura les six segments abdominaux sont visibles (on distingue le dernier segment abdominal (6) sur l'image précédente, sous forme de deux lobes juxtaposés), chez Deutonura seul le cinquième segment est visible (A5) et il recouvre totalement le sixième segment.

Symphypleones : 

Les Symphypléones ci-dessus présentent de fortes similitudes. Les éléments de dissociation de ces cinq espèces distinctes se situent ici au niveau de la pigmentation :

  • Pigmentation dorsale 

Présente = Dicyrtomina ornata (1), Dicyrtomina saundersi (5)

Absente = Dicyrtomina minuta (2)

  • Tache sombre postérieure :

Absente = Dicyrtomina flavosignata (3) Dicyrtomina signata (4) (chez ce dernier, deux nuances de couleurs impliquées : Jaune pâle - jaune foncé)

Rectangle homogène = Dicyrtimona Ornata (1),

Rectangle avec stries horizontalement = Dicyrtomina saundersi (5).

Concernant les Dicyrtominae, on peut noter sur l'image ci-dessus qu'une différence existe entre mâle et femelle au niveau de la pigmentation des joues. Si elle sont pâles c'est une femelle (gauche), si elles sont foncées, nous avons à faire à un mâle (droite).

Entomobryomorphes:

Ci-dessus, pour distinguer entre Orchesella (à droite) et Tomocerus (à gauche), il faut se référer aux antennes et aux segments abdominaux : Chez Tomocerus, le troisième segment antennaire est long alors que chez Orchesella, premiers et seconds segment sont subdivisés.  Chez Tomocerus, le troisième segment abdominal et plus long que le quatrième alors que chez Orchesella, le troisième segment abdominal est plus court que le quatrième (On positionne les segments abdominaux de 1 à 6 en partant du thorax).

Parfois c'est la pilosité qui permet de distinguer deux espèces très proches en apparence. Ici (en haut à gauche), l'absence de macrosetae permet de se déterminer en faveur d'un Desoria, tandis que la présence de macrosetae, sur les dernier segments abdominaux, nous indique que nous sommes en présence d'un Isotomurus. (Les macrosetae sont les soies (ou poils) plus grandes que le reste des setae (soies ou poils courts qui recouvrent certaines parties du corps).

Voici encore trois exemples de détails facilement observables qui permettent d'aider à la détermination. De gauche à droite :

1) Orchesella villosa, caractérisée par trois lignes sombres sur le premier segment thoracique et qui le distingue des autres espèces d'Orchesellidae. 

2) Heteromurus nitidus, cette espèce est identifiable grâce à la présence d'un petit oeil rouge.

3) Lepidocyrtus curvicolis, le second segment thoracique (mesothorax) qui semble être le premier est très fortement incurvé (en fait, le premier segment ou prothorax est réduit et n'est pas visible).

On peut peut donc parvenir, avec de telles clefs visuelles élémentaires, à classer une bonne part des collemboles, au moins au sein de leurs familles si ce n'est à en déterminer l'espèce avec une fiabilité raisonnable.

 

1: Première illustration: Montage de 4 images issues du site collembola.org . Tous les autres montages sont réalisés à partir de ©Philippe Garcelon.