Ci-dessus1, on peut voir la diversité des biotopes dans lesquels évoluent les collemboles. Chaque terme repris dans ce schéma caractérise un habitat coutumier des collemboles. On en trouve ainsi qui vivent dans les interstices des sables en bord de mer, puis en surface, dans les couches superficielles des sols et enfin dans les sols eux-même (zones dites épi/hémi/eu - édaphique) il vivent également dans des cavernes ou dans les zones neigeuse en montagne. 
On ne soupçonne pas l’abondance de ces créatures. Dans certains habitats leur densité peut atteindre plusieurs centaines de millions d’individus par hectare, toutes espèces confondues, dans un habitat forestier où abondent les feuilles mortes en décomposition. Par exemple, dans des zones où domine le chêne, on peut trouver environ 200 000 à 300 000 collemboles par m². Dans les forêts de hêtres le nombre décroit mais reste quand même situé dans une fourchette de 58 000 à 150 000 individus, tandis que dans les sols de cultures ou les revêtements herbeux de nos jardins leur densité varie entre 10 000 et 100 000 au m².

Ils sont présents partout, bien qu'ils prospèrent plutôt sous des climats doux. (ci-dessous, nuée de Podura aquatica, Poduromorphes trouvés sur une zone humide à 2200 m d'altitude). Leur abondance dans les sols s’accroît lorsque la température annuelle moyenne décroit. Il n'en demeure pas moins que certaines espèces s’acclimatent parfaitement aux températures négatives.

On trouve en effet des collemboles dans les champs de neige ou sur des glaciers de haute montagne (ci-dessus, Hypogastrura sp. sur de la glace)et même dans la proximité des calottes polaires. A ce sujet3, comme beaucoup d'animaux contraints de vivre dans des zones où peuvent régner de très basses températures, les collemboles doivent lutter contre le risque de congélation interne auquel ils ne survivraient pas. Plusieurs stratégies s'offrent à eux comme, par exemple, celle de l'évitement. Cette dernière a pour objet de les protéger de la congélation par l'intermédiaire de protéines dont ils disposent et qui contiennent des acides aminés hydrophiles ainsi que des gènes capables de s'activer en cas de baisse de la température. Ces gènes contrôlent la production de tréhalose (composé sucré, antigel naturel ayant la capacité de lier les cristaux de glace naissants afin de bloquer leur croissance). Une autre stratégie vise non plus l'évitement mais la tolérance au gel, elle se caractérise par une "déshydratation cryoprotectrice" qui consiste, par exemple chez l'espèce Megaphorura arctica, à perdre l'eau contenue dans son corps (jusqu'à revêtir l'aspect d'une enveloppe recroquevillée qui dès lors ne peut plus geler) et qui pourra se réhydrater lorsque les conditions climatiques le permettront. Cette stratégie est également aidée par des gènes qui s'activent lorsque la température remonte et qui favorisent la production d'énergie, la réparation des tissus et la division cellulaire. 

On rencontre également des collemboles au fond de cavités souterraines parfois très profondes (jusqu'à -400 m). Dans les zones tempérées on les remarque surtout à l’automne, en hiver et au printemps. La baisse de l’hygrométrie estivale pousse en effet les espèces vivant au niveau du sol à réduire leur activité en raison du risque de déshydratation du à leur constitution.  

Beaucoup de collemboles sont lucifuges (ils fuient la lumière), ce qui explique qu'ils vivent dans les premières couches du sol (entre 1 cm et 5 cm de profondeur) ou sous le sol jusqu'à des profondeurs d'une trentaine de centimètres. On les trouve également dans des terres retournées ou même dans la canopée des zones tropicales. J'en trouve régulièrement sous de écorces d'arbres morts ou sur des vieux troncs encore debout jusqu'à environ 2 mètres de hauteur. Pour se développer correctement, ils ont besoin d'un minimum d'humidité et de températures oscillant entre +10 °C et +30°C, ce qui n'empêche pas certaines espèces de résister à des froids extrêmes. On en trouve en Antarctique (Anurophotus subpolaris) capable de braver -40°C. D'autres espèces affectionnent les mares et les plans d'eau comme Sminthurides aquaticus (ci-dessus, à gauche)3 ou Isotomurus pseudopalustris. Les collemboles qui évoluent sous le sol affectionnent les terrains poreux, peu fouisseurs, ils préfèrent utiliser des galeries creusées par d'autres animaux. 
Ils évoluent surtout dans des secteurs riches en matières organiques en état de décomposition comme par exemple dans les sous-bois. Dans ces zones il n'est pas rare que leur densité atteigne 400 000 individus par m².

Leur régime alimentaire peut varier suivant les espèces et bien que les champignons soient une alimentation appréciée par la plupart, ils ne dédaignent pas les bactéries. Certains sont omnivores alors que d'autres peuvent avoir un régime quasi exclusif ou très peu diversifiée.

C'est essentiellement au sein de cette dernière population qu'on trouve des espèces considérées comme ravageuses. Par exemple, Sminthurides viridis (ci-contre)4 est capable de détruire rapidement jusqu'à 50% de la production d'un champ de trèfle.

De même que des entreprises sont spécialisées dans la destruction des xylophages, certaines proposent désormais leurs services pour éradiquer les collemboles. Je m'interroge sur la nocivité à longue échéance de ces traitements chimiques, relativement à un manque à gagner économiques très ponctuel. Ainsi pour un biotope contenant des espèces végétales données, l'observateur a de grandes chances de trouver des espèces spécifiques de collemboles. J'ai pu ainsi identifier quelques bons coins où je retrouve régulièrement les mêmes espèces.

Les collemboles ont à faire face à de multiples prédateurs comme les arachnides (araignées, pseudoscorpions acariens), les myriapodes (mille pattes) ou certaines fourmis. Ci-dessous4 à gauche, une fourmi du genre Hypoponera capture un Dicyrtoma fusca , à droite, un acarien dévore d'un Lepidocyrtus sp.

Lorsque de mes prospections ornithologiques, il m'est arrivé de voir au printemps, des passereaux affairés à picorer dans les trèfles, m'interrogeant tout naturellement sur ce que ces oiseaux pouvaient bien trouver sur ces petites feuilles vertes avant d'envisager qu'ils chassaient peut-être les Sminthurus viridis qui y foisonnent.

 

1: Illustration redessinée à partir d'un dessin original issu de "Le petit collembole illustré" (ouvrage épuisé) – Jean-Marc Thibaud. Arvernsis (2010).
2: Recadrage à partir d'une photo de Nash Turley.
3: Sources : "Cordis" BMC génomics.article.

4: Photos par Philippe Garcelon.