Cet organe propre aux collemboles leur sert à effectuer des sauts pour fuir des prédateurs ou pour quitter rapidement le milieu où ils évoluent, comme par exemple pour échapper à un courant d'eau qui pourrait les entrainer. Bien que pouvant dans certains cas maitriser la direction dans laquelle il saute, le collembole ne maitrise généralement pas toutes les composantes de ses sauts et, de ce fait, il ne peut pas s'en servir comme moyen ordinaire de locomotion.

Le saut est une brusque détente musculaire qui provoque l'extension en arrière de la furca, initialement replié contre l'abdomen et fixée sur le rétinacle. Ce mouvement très vif est plutôt un mécanisme de fuite qui n'est pas sans ressembler à ce que l'on peut observer chez certains insectes comme les sauterelles.

Sur l’image ci-contre1, la furca, fixée au quatrième segment abdominal est composée, à sa base, du manubrium (1) qui renferme la partie musculaire et qui se divise en deux branches chacune constituée des dentes (2) terminés chacun par un article nommé mucron (3). L’image en médaillon est issue d’une vidéo dans laquelle on voit les positions successives du collembole au début de la détente et ou on distingue l’appui de la furca déployée prenant appui contre le substrat.

La taille de la furca parfois faible permet cependant des sauts distants. Par exemple la furca de l’Entomobrya dorsalis qui n’excède pas 2 mm de long lui permet d’effectuer des sauts allant jusqu’à 16 cm. On a mesuré, lors des sauts de Sminthurus viridis, des pics d’accélérations voisins de 970 m/s-² ce qui correspond à une accélération de 98.9 g, soit environ 10 fois plus que l’accélération que subit un pilote de chasse lors d’un virage très serré !

Ci-dessous on peut voir la décomposition du saut2 de deux espèces : On constate que lors de son saut, effectué en arrière, le corps du Lépidocyrtus paradoxus (Entomobryomorphe, en bleu) demeure relativement vertical et que sa tête reste en haut une fois qu’il a quitté le sol alors que l’Hypogastrura socialis (Poduromorphe, en rouge) effectue son saut vers l’avant avec sa tête en bas et son corps qui effectue une rotation sur lui-même. Lors d’un même sauts certaines espèces peuvent effectuer plusieurs culbutes ce qui rend totalement imprévisible leur orientation lors de l’atterrissage après lequel ils ont cependant la faculté de se redresser très rapidement.

Les formes de furca et leurs terminaisons varient selon les espèces (ci-dessous, photographie au microscope électronique de la partie apicale des dentes d’un Symphypléone)3. On peut noter que pour les espèces aquatiques, le mucron est souvent plus large, de forme plus aplatie à l'image d'une pagaie, ce qui lui permet lors des sauts de pouvoir prendre appui sur le liquide sans briser la tension superficielle*.

*La tension superficielle est un phénomène physico-chimique lié aux interactions moléculaires d’un fluide, exploité par certains insectes (gerridés) elle leur permet de se déplacer à la surface de l’eau sans que leurs pattes ne s’y enfoncent.

Remarque : En position de repos la furca est généralement fixée contre l’abdomen par l’intermédiaire d’un appendice nommé rétinacle qui possède des sortes de petits crochets (ci-dessous, rétinacle d'un Podura aquatica "crochetant" sa furca 4. On aperçoit également l'extrémité repliée du collophore ).

Rattaché au troisième segment abdominal, le rétinacle ne semble cependant pas indispensable pour le maintien de la furca (ci-dessous exemple de rétinacles) 5.

 

1 : image - furca de dicyrtomina ornata montage par Philippe Garcelon
2 : issue de "Le petit collembole illustré" (ouvrage épuisé) – Jean-Marc Thibaud. Edition Arvernsis (2010)
3 : Image - mucron et partie apicale des dentes d’un Symphypléone - par Jean-Marc Thibaut

4 : Furca retenue par le rétinacle. Podura aquatica - Image par Philippe Garcelon

5
 : Images de droite : issues de "ordem collembola" réalisé par l'école nationale d'agronomie de Rio de Janeiro.