Recherche institutionnelle:

En l'an 2000, le Dr Kenneth Christiansen répertoriait environ deux cent trente-six chercheurs à travers le monde qui se consacraient spécifiquement à l’étude des collemboles et qui, au regard de leurs diverses publications, pouvaient être considérés comme des experts. Depuis cette époque, une discipline scientifique s'est fortement développée; il s'agit de l'écotoxicologie dont l'objet est l'étude des polluants toxiques dans les écosystèmes et la biosphère qui utilise pour une part non négligeable les collemboles en tant que marqueurs.

On trouve aujourd'hui des séries d'études dans lesquelles les collemboles sont suivis au cours de leurs séjours dans des milieux où on a introduit différentes doses d'éléments chimiques. Ainsi, par exemple, Folsomia candida a été utilisé pour effectuer des mesures de toxicité de métaux1 comme le cadmium, le cuivre, le plomb ou le zinc. Folsomia fimetera a été utilisé pour évaluer la toxicité du nickel2

Les collemboles sont également utilisés pour mesurer la concentration de certaines substances contenues dans des médicaments utilisés par l'homme ou pour les animaux d'élevage (ovins, bovins, chevaux) qui se retrouvent dans les sols par le biais des déjections. Par exemple, Folsomia candida (collemboles le plus exploité dans ce type de recherche) est associé à une étude3 sur la nocivité de l'ivermectine, utilisée pour combattre certains parasites comme la gale, dont l'utilisation fait apparaître des risques de troubles neurologiques. 

Outre les métaux ou les médicaments, les collemboles sont aussi utilisés pour mesurer la toxicité de produits faisant l'objet de dispersions intensives en agriculture comme par exemple les insecticides. C'est le cas pour le Profenofos aujourd'hui interdit à l'usage dans la communauté européenne, mais qui, aux Etats-Unis, continue d'être utilisé dans les champs de cotons avec lesquels sont confectionnés nos jeans. Folsomia candida y est une fois de plus mis à contribution4 par des chercheurs chinois.

Enfin, et c'est le dernier exemple que je reprendrai ici, des chercheurs coréens ont effectué une étude5 toujours avec Folsomia candida pour mesurer les impacts de l'utilisation du glyphosate, herbicide controversée, en relation avec les variations de température. L'intérêt de cette étude est qu'outre la mesure de toxicité propre à la molécule (développée par l'industriel chimiste Monsanto-Bayer), elle intègre les effets à venir du réchauffement climatique.

Il existe des centaines d'études similaires aux exemples que je viens d'évoquer, qui attestent d'une mobilisation planétaire des chercheurs qui s'appuient, entre autres, sur les collemboles. Ces derniers deviennent de précieux collaborateurs/auxiliaires/cobayes dans la compréhension des interactivités entre la Nature et les dommages occasionnés par l'intervention humaine. (voir Bio-indicateurs)

Le site http://www.collembola.org/index.html, collecte et répertorie toutes les espèces de collemboles connues dans le monde et met à jour un état des publications les concernant. Il est tenu par des biologistes de l'université d'Anvers dont Frans Janssens, (photo ci-dessus). 

Commentaire : On peut formuler, à ce titre, le souhait que les dirigeants politiques prennent davantage en compte les résultats de ces études et privilégient l'environnement au détriment d'une croissance à tout prix, présentée un peu hâtivement comme élément indispensable de progrès pour nos conforts de vie. Si seulement les collemboles pouvaient siéger dans les grandes instances dirigeantes, soyons assurés qu'ils seraient de bien meilleurs garants de la protection de nos écosystèmes que bien des politiciens qui y président !

Contribution amateur :

De nombreux photographes amateurs qui découvrent ce petit monde mesurent aussitôt le potentiel qu'il porte en lui (esthétique, créatif, technique, scientifique...) Beaucoup d'entre eux échangent ou déposent leurs images sur "Springtails from around the world", une galerie/blog regroupant des contributeurs du Monde entier et dédiée aux collemboles. À ce titre, je ne peux que m'honorer que Frans Janssens ait repris, parmi bien d'autres, certaines de mes photographies6 pour servir d'illustration sur son site. Cette contribution de "non professionnels", bien que modeste au regard du travail des scientifiques, est un facteur non négligeable de motivation en ce qu'elle donne un sens collectif à une quête qui "in situ", je dois le reconnaître, est d'abord une expérience individuelle entre un photographe, son matériel et son sujet. 

 

1 "Continuous Monitoring of Folsomia candida in a Metal Exposure Test" - Michelle T.Fountain/Steve P.Hopkin - 2001 

2 "Toxicity of Nickel to a Soil-Dwelling Springtail,Folsomia fimetaria(Collembola: Isotomidae)" - Janeck J.Scott-Fordsmand/Paul Henning Krogh/ Stephen P.Hopkin - 1999

3 "Population growth rate and carrying capacity for springtails Folsomia candida exposed to Invermectin" Helen L. Noe/ Steve P. Hopkin/Thomas H. Hutchinson/Tim D. Williams/ Richard M.Sibly - Ecological Society of America - 2006

4 "Toxicity of profenofos to the springtail, Folsomiacandida, and ammonia-oxidizers in two agricultural soils"- Yu-Rong/LiuYuan/Ming ZhengJi/Zheng He - National High Technology Research Program ,Ministry of environmental protection, Natural Science Foundation of China - 2012

5 "Combined Effects of Temperature and Glyphosate on the Fatty Acid Composition of Collembola" - June Wee/Yun-Sik Lee/Yongeun Kim/Hyoung-ho Mo/Kijong Cho - 2014

6 Au 17/03/2018, j'avais déposé 1180 photographies sur cette galerie qui comptait alors 389 membres et affichait au total près de 12700 photos de collemboles.